L'histoire de la marinière : du marin réglementaire à l'icône mode - Gauvain Paris

L'histoire de la marinière : du marin réglementaire à l'icône mode

Journal · Patrimoine · 8 min

Un décret de la Marine, vingt et une rayures, et un siècle et demi de voyages : du pont des navires aux ateliers de Picasso, de Coco Chanel aux trottoirs de Paris. Voici l’histoire complète de la marinière - comment un uniforme réglementaire est devenu l’icône la plus durable de la mode française.

27 mars 1858 : le décret qui fonde la marinière

Le 27 mars 1858, la Marine nationale française promulgue un décret qui va, sans le savoir, dessiner l’un des vêtements les plus reconnaissables de la planète. Le texte ne parle pas de mode : il fixe le « tricot rayé » comme pièce officielle du paquetage des matelots, et il le fait avec une précision d’horloger. C’est cette exactitude qui fascine encore - un règlement militaire devenu, à la lettre près, un cahier des charges esthétique.

Le décret prescrit, selon la version la plus souvent rapportée, vingt et une rayures blanches sur le corps, chacune environ deux fois plus large que les vingt à vingt et une rayures bleu indigo qui les séparent. Sur chaque manche, le compte change : une quinzaine de rayures blanches, plus serrées. Tout est codifié - la largeur, le nombre, l’encolure. Cette encolure, justement, est large et dégagée, montant au ras du cou : c’est le col que l’on appelle aujourd’hui le col bateau, et c’est l’un des rares détails du décret resté parfaitement intact jusqu’à nos jours.

Pourquoi tant de précision ? Parce qu’un uniforme normé sert à identifier. Le nombre et la largeur des rayures, fixés au millimètre, permettaient de distinguer le matelot français d’un marin étranger, et la Marine d’un autre corps d’armée. Et comme une large part de ces équipages venait de Bretagne - des ports de Brest, de Lorient, de Saint-Malo -, le monde anglophone finira par baptiser la pièce « Breton ». Le nom est un hommage géographique autant qu’un raccourci.

Pourquoi des rayures ? Entre fonction et légende

La question semble simple ; la réponse s’est diluée dans plusieurs récits, et il est honnête de les donner tels qu’ils circulent. L’explication la plus pratique tient à la visibilité : un motif fortement contrasté, blanc sur bleu, rend un homme tombé à la mer plus facile à repérer dans le clapot. Les rayures ne sont alors pas un ornement, mais une mesure de sécurité.

Une seconde lecture est économique. L’indigo, le bleu profond du décret, était un colorant coûteux. Alterner de larges bandes blanches non teintes avec des bandes bleues plus fines permettait de réduire la quantité de teinture employée - le rythme « blanc large, bleu fin » du règlement aurait ainsi une logique de coût autant que d’esthétique. C’est l’hypothèse la plus terre à terre, et sans doute la plus crédible.

Reste la légende, et il faut la nommer pour ce qu’elle est. Selon la légende, les vingt et une rayures rappelleraient les vingt et une victoires de Napoléon. Aucune source officielle ne l’atteste, et personne ne sait vraiment d’où vient le chiffre - mais l’histoire est trop belle pour disparaître, et elle dit quelque chose de juste : dès l’origine, on a cherché un sens à ces rayures, comme si le vêtement portait déjà un récit. La tradition du marin rayé, elle, est plus ancienne encore que 1858 et remonte aux gens de mer des siècles précédents.

« Un uniforme conçu pour distinguer les marins est devenu le vêtement qui les rassemble tous. »

La sortie de la Marine : Chanel, 1917

Pendant des décennies, le tricot rayé reste cantonné au quai et au pont. Sa première vie est strictement utilitaire : un vêtement de travail, robuste, anonyme. Ce qui le fait basculer, ce n’est pas un styliste lointain, mais le regard d’une femme sur le bord de mer normand.

En 1917, à Deauville, Coco Chanel - déjà fascinée par le vestiaire masculin et par les matières confortables - repère la marinière chez les marins et les pêcheurs, et l’intègre à sa garde-robe puis à ses collections nautiques. Le geste est radical pour l’époque : prendre un vêtement d’homme, de travail, et le proposer à des femmes au moment précis où elles revendiquent plus de liberté de mouvement. La marinière quitte la Marine non par décret, mais par désir. Elle devient un symbole d’aisance et d’émancipation - la première étape d’une longue carrière mondaine.

Picasso, Cocteau, Gaultier : l’icône des artistes

Une fois entrée dans la mode, la marinière trouve ses ambassadeurs chez les artistes. Pablo Picasso la porte à l’atelier - l’image du peintre en marinière, pinceau ou cigarette à la main, devient presque un autoportrait du créateur libre. Jean Cocteau, d’autres figures de l’avant-garde la portent aussi : la pièce dit l’atelier, la Méditerranée, une certaine désinvolture du génie.

Puis vient Jean Paul Gaultier, qui en fera bien plus qu’un clin d’œil. Dès les années 1980, il l’adopte comme signature personnelle, la décline sur les podiums et jusque sur ses flacons de parfum, et la transforme en emblème assumé de la mode française. Yves Saint Laurent et les grandes maisons parisiennes ajoutent leur paraphe. À travers eux, la marinière cesse d’être un costume pour devenir un langage : porter la rayure, c’est se réclamer d’une certaine idée de Paris.

La Nouvelle Vague : Bardot, Seberg et le chic sans effort

Si une décennie a figé la marinière dans l’imaginaire mondial, c’est celle du cinéma français des années 1950-60. Brigitte Bardot la porte à Saint-Tropez, et lui donne d’un coup une sensualité solaire, méditerranéenne, sans rien de guindé. Jean Seberg, cheveux courts et marinière, dans À bout de souffle de Godard, en fait l’uniforme d’une jeunesse moderne et libre - un plan suffit pour graver l’association entre la rayure et une élégance qui ne s’efforce jamais.

C’est là que se cristallise l’idée la plus tenace : la marinière comme raccourci du « chic à la française ». Non pas un luxe ostentatoire, mais une simplicité travaillée - un vêtement que l’on enfile sans y penser et qui, justement, semble penser pour vous. De l’uniforme normé au symbole de désinvolture : le chemin est complet.

Marinière 1858 - Susana, cadre parisien éditorial
Une pièce d'uniforme devenue icône de mode - de Chanel à Gaultier.

Le renouveau Made in France : Troyes et le savoir-faire de la maille

L’histoire ne s’arrête pas aux icônes. Ces dernières années, la marinière connaît un renouveau qui n’est plus seulement esthétique mais industriel : le retour d’un vêtement fabriqué en France, dans une filière textile que l’on avait crue condamnée. Le cœur de ce renouveau s’appelle Troyes, capitale historique de la maille, où l’on tricote des hauts depuis plus d’un siècle.

C’est là qu’est fabriquée la Marinière 1858 de Gauvain Paris - celle qui porte dans son nom la date du décret fondateur. Tricotée à Troyes en coton peigné, elle est certifiée France Terre Textile, un label qui exige qu’une majorité des étapes de fabrication soit réalisée en France. C’est la pièce la plus fidèle à l’original : col bateau, rayures tricotées dans la matière plutôt qu’imprimées, construction héritée du vêtement de la Marine.

Le reste de la collection Made in France et nos autres modèles sont tricotés en Europe - en France ou au Portugal selon la pièce. Toutes partagent le même principe : un coton peigné dense, des rayures qui traversent le tissu, et un patron unique, vraiment unisexe, qui passe du quai au boulevard sans changer d’âme. C’est notre façon de prolonger le décret de 1858 : non pas le copier, mais en garder l’exigence.

La Marinière 1858

La Marinière 1858

Fabriquée en France, à Troyes - coton peigné, col bateau, label France Terre Textile. Dès 89 €.

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Questions fréquentes

Quelle est l’origine de la marinière ?

La marinière naît officiellement avec un décret de la Marine nationale française du 27 mars 1858, qui en fait une pièce de l’uniforme des matelots. Comme beaucoup de ces marins venaient de Bretagne, le monde anglophone l’a appelée « Breton ».

Pourquoi la marinière a-t-elle vingt et une rayures ?

Le décret de 1858 prescrit, selon la version la plus rapportée, vingt et une rayures blanches sur le corps, plus larges que les rayures bleu indigo. Selon la légende, ce nombre rappellerait les vingt et une victoires de Napoléon, mais aucune source officielle ne le confirme.

Comment la marinière est-elle passée de l’uniforme à la mode ?

En 1917, Coco Chanel découvre la marinière sur la côte normande et l’intègre à ses collections, la transformant en vêtement de mode féminin. Picasso, la Nouvelle Vague (Bardot, Jean Seberg) puis Jean Paul Gaultier en feront ensuite une icône du chic français.

Qui a rendu la marinière célèbre dans la mode ?

Coco Chanel l’a introduite dès 1917 ; Pablo Picasso l’a portée à l’atelier ; Brigitte Bardot et Jean Seberg l’ont ancrée dans le cinéma des années 1950-60 ; et Jean Paul Gaultier en a fait sa signature dans les années 1980.

Où fabrique-t-on une marinière Made in France aujourd’hui ?

Troyes, capitale historique de la maille, reste un centre de fabrication majeur. La Marinière 1858 de Gauvain Paris y est tricotée en coton peigné et certifiée France Terre Textile ; nos autres modèles sont fabriqués en Europe, en France ou au Portugal.

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